Identité d'une police de caractères

Quels sont les éléments de reconnaissance d'une police, qu'est-ce qui fait qu'on l'identifie, comment constituer sa personnalité propre ?

Si je sépare toutes les lettres d'une police, que je les mélange avec d'autres, comment se fait-il que j'identifie telle ou telle lettre comme provenant d'une police particulière ?

© fr.123rf.com

Pour une typologie globale, la classification de la police est le point de départ - comment classer un caractère ? Il existe des classifications comme celle de Maximilen Vox ou celle-ci :

© LISA GARNER
http://lisagarnerdesign.co.uk/blog/the-type-classification-system-poster/

De façon plus sensible, la police est-elle ronde, heurtée, lisible, illisible, lisse, rugueuse ? Que ressentons-nous lorsque nous la découvrons ?

© Jeanne Balas, Vincent Doreau, Sébastien Berruyer, Anthony Peralta

Le dessin de la lettre, en quelque sorte l'outil avec lequel la lettre a été dessinée, participe évidemment de cette classification des caractères

Pour Avenir et Gill Sans il n'y a quasiment pas de variation dans l'épaisseur du trait, sauf à certaines jonctions (a).
Par contre Bodoni a l'air d'avoir été fait avec un calame, une plume; la variation très grande entre plein et délié nous incline à le penser.
La police d'écriture Durieux est faite au feutre et présente de relativement faibles variations d'épaisseur de trait

Par exemple, on peut voir ici la direction du tracé de la plume ; en résumé le dessin et l'outil conditionnent donc les pleins et les déliés

Mais de qui est cette police... ?

Étudions les parties de la lettre - cela va nous permettre de discerner d'autres différences entre les polices de caractères

La hauteur d'œil ou hauteur d'x de la lettre est un paramètre connexe au dessin : observez les variations de hauteur des corps de lettre entre les lignes rouges :

Pourquoi un caractère, pourtant de même corps qu’un autre, paraît plus gros, plus grand ou plus large ? Pourquoi donc un texte
n’a-t-il pas le même aspect suivant le caractère utilisé ? À force de corps égale les 5 typographies ci-dessus ont donc un œil très différent.
cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Hauteur_d%27x

Une faible hauteur d'x va donc entraîner de grandes ascendantes et descendantes comme ici :

Il y a un rapport de proportion entre ascendantes, descendantes et hauteur d'x - la lisibilité du caractère en dépend.
- l'exemple des caractères tracés à la plume ci-dessus montre de grandes ascendantes et descendantes et donc une faible hauteur d'x.
- A noter : une hauteur d’x importante facilite la lecture

La graisse, donc l'épaisseur du trait est un autre signe distinctif, liée en général à la chasse des caractères, faible à gauche et plus large à droite :

© Sylvain Cuvillier - Bertrand Vanneste

Dans les courbes on retrouve un dessin reconnaissable, à tel point que si l'on travaille en dessin vectorisé, des parties entières des lettres sont identiques :

© Jeanne Balas
Les dessins de certaines lettres, comme on sait ou on peut le deviner, sont des inversions à peine corrigées, comme les couples qp, db ou des redoublements logiques : nm, vw.
Et donc des courbes identiques vont créer une identité de la police, CQFD.

L'inclinaison des lettres est également significative (surtout pour les scriptes qui reproduisent l'écriture manuelle), et plus les inclinaisons changent, plus l'écriture est dansante :

© Jeanne Balas
Ici les verticales partent vers la gauche, mais les axes de plusieurs lettres comme e, s, peut-être le o, sont inclinés vers la droite

Des portions de lettres (attaques, têtes, gouttes etc) de même dessin ou inclinaison permettent l'identité la plus fondamentale de la police de caractère

Fontfont Meta Pro

L'alignement sur la ligne de base des corps des lettres, leur hauteur d'x régulière ou variable rendent l'écriture régulière ou dansante :

© Virginie Nessim

Work in progress (2016)

2B Continued !